« J’aimerais tant voir Syracuse… voir le pays du matin calme, aller pêcher au cormoran… ».
Qu’est-ce qui est noir, qui vient de l’étranger, qui vit en communauté et vient voler les poissons des Français ? Les cormorans bien sûr ! Si nos rivières vont mal, ce n’est pas la faute aux pollutions, aux endiguements, aux cultures de maïs jusqu’à la berge, aux extractions de minéraux en lit mineur, aux barrages, à la surpêche, aux alevinages, à l’acidification due aux plantations de résineux, au dérèglement climatique et que sais-je encore. Non, si nos rivières vont mal c’est parce que des hordes de cormorans, véritables sauvageons sans foi ni loi les pillent, s’acharnant plus spécialement sur les espèces de poissons les plus rares et menacées. Menaçant notre patrimoine piscicole.
Et ce n’est pas tout, ces sales bêtes tuent les arbres avec leurs fientes ! https://www.lacote.ch/vaud/la-cote/nyon-district/leman-les-fientes-du-cormoran-sont-fatales-aux-arbres-1096689
Mais commençons par le début. Le Grand Cormoran comprend Phalacrocorax carbo sinensis sous-espèce continentale, et Phalacrocorax carbo carbo sous-espèce marine (à ne pas confondre avec le Cormoran huppé inféodé au littoral). Des analyses génétiques conduites à l’initiative du spécialiste national de l’espèce, Loïc Marion, ont même permis de découvrir une troisième sous-espèce baptisée Phalacrocorax carbo norvegicus, présente sur les côtes marines européennes de la Norvège jusqu’en Bretagne.
Contrairement à une affirmation largement répandue par ses détracteurs, le Grand Cormoran n’est donc pas exclusivement une espèce marine qui, par anomalie, se serait répandue à l’intérieur de nos terres. Il y a bien une sous-espèce continentale qui a toujours eu sa place sur nos étendues d’eau et rivières au cœur de notre beau pays de France.
Le Grand Cormoran a bien failli disparaitre. En 1970 la sous-espèce sinensis était très menacée en Europe avec seulement 5 300 couples (aux Pays-Bas, Danemark et Balkans), contre 22 000 couples pour P.c. carbo sur les côtes norvégiennes, britanniques et françaises (Manche).
A la fin du 19ème siècle, il en restait une soixantaine de couples en France.
Des conditions favorables (ressource abondante) et une protection effective en 1979 ont entrainé une extension des populations de Grands Cormorans en France. Jusqu’en 1981 des seuls cormorans côtiers, puis à partir de 1981 des cormorans continentaux qui commencent à nicher à l’étang de Grand-Lieu (7 couples cette année-là, puis aucun jusqu’en 1987).
Augmentation des effectifs nicheurs :
Sous-espèce carbo Sous-espèce sinensis
1990 1800 144
1993 1470 432
1995 1740 1189
1998 1911 1412
1999 1911 1632
2003 2122 2807
2006 1956 4468
2009 2002 5113
2012 2045 6621
2015 2126 7399
2018 1897 7668
2021 1876 9130
Sources : Marion 2022 : Recensement national des Grands Cormorans hivernants durant l’hiver 2020-2021, Ministère de la Transition Ecologique ; Marion 2022 : Recensement national des Grands Cormorans nicheurs en 2021, Ministère de la Transition Ecologique ; Atlas des oiseaux de France métropolitaine https://www.lpo.fr/la-lpo-en-actions/connaissance-des-especes-sauvages/atlas-des-oiseaux-de-france et Atlas des oiseaux migrateurs de France https://boutique.lpo.fr/produit/ED1173
Bonne nouvelle donc, quand on arrête de s’acharner sur une espèce, elle reprend ses droits. Comme disait mon ami Roger Mathieu, une espèce se développe en fonction des ressources alimentaires sur les territoires qui lui sont favorables. De même que nos hérons et cigognes vont bien mieux que dans les années 70.