Préservation de la biodiversité : les grands mammifères captent la majorité des financements, au détriment d’espèces parfois plus menacées, conclut une étude

L’étude a été menée par des chercheurs des universités d’Hong Kong et de Florence, ils plaident pour une évolution du système de financement concernant la protection de la biodiversité.

Des chercheurs de l’université de Hong Kong et de l’université de Florence ont montré, dans une étude publiée lundi 24 février dans la revue PNAS, que des biais de répartition existent dans l’allocation des fonds dédiés à la conservation des espèces(Nouvelle fenêtre).

Grâce à l’analyse de près de 14 600 projets de conservation sur une période de 25 ans, ils ont découvert que les financements sont concentrés sur un nombre limité d’espèces, jugées « charismatiques » (comme les grands mammifères ou les tortues), au détriment d’autres espèces comme les invertébrés, les insectes, les reptiles et les plantes, parfois bien plus menacées.

Des animaux surprotégés ?

Les auteurs de l’étude plaident pour une réorientation des priorités de financement afin d’assurer que des espèces vulnérables et négligées puissent être protégées. Ainsi, près de la moitié des ressources disponibles sont dirigées vers un groupe restreint de 47 espèces, comprenant 38 mammifères, 4 tortues marines, 2 truites, un rapace, un papillon et un pin.

Les auteurs citent l’exemple des éléphants d’Afrique, qui ont connu un tel succès en matière de conservation que des programmes de contraception ont dû être mis en place pour limiter leur croissance démographique, ou encore celui des loups et des ours bruns, qui ne sont plus considérés comme menacés, mais bénéficient de nombreux financements. Par ailleurs, ces espèces ne sont pas toujours de bons indicateurs de l’état de santé des écosystèmes.

Certaines espèces négligées

A contrario, certaines catégories d’animaux et de plantes sont sous-protégées, malgré leur niveau de menace et leur importance écologique. Selon cette étude, les amphibiens sont les vertébrés les plus menacés depuis deux décennies, mais ils ne reçoivent qu’une infime partie des financements (2,8 %), un chiffre qui a en plus tendance à baisser. Les invertébrés, et notamment les insectes, reçoivent également peu de financements, malgré leur niveau de menace et leur rôle fondamental dans le fonctionnement des écosystèmes.

« Des rongeurs ou des chauves-souris ont très peu de chance d’avoir des financements« , soupire, au micro de France Inter, le professeur Benoît Guénard qui a dirigé cette étude, « alors que les chauves-souris ont un rôle important dans les écosystèmes en tant que prédateurs d’insectes, et elles sont extrêmement menacées« .

Changer le modèle de financement

Enfin, les champignons et les algues sont à peine représentés dans les financements liés à la conservation des espèces protégées. Ils perçoivent entre 0,2 et 0,1 % de tous les financements. Les auteurs de l’étude soulignent donc l’inefficacité du modèle de financement actuel, qui échoue à protéger certaines espèces critiques et en surfinance d’autres qui en ont moins besoin.

« Il y a un rééquilibrage qui est nécessaire pour vraiment protéger la biodiversité(Nouvelle fenêtre), et pas seulement quelques espèces qui nous apparaissent comme sympathiques, ou grosses, ou belles. La biodiversité ce n’est pas un zoo, c’est quelque chose qu’on doit protéger pour toute la valeur ou les valeurs qu’on peut y retrouver, et en premier lieu pour les écosystèmes« , résume Benoît Guénard.

Source : France Info

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