La Relève et La Peste : L’amnésie écologique : un facteur d’inaction face à la destruction du vivant

Qui a aujourd’hui conscience de l’ancienne richesse des écosystèmes européens ? Si une large part de la population a connaissance de la crise écologique actuelle, la perte de biodiversité reste largement sous-estimée. Ce phénomène a un nom : l’amnésie écologique.

L’une des causes de cette sous-estimation est l’amnésie écologique, également dite amnésie environnementale : l’oubli progressif de l’état ancien des écosystèmes, au fur et à mesure de leur dégradation par l’action humaine.

« Ce qu’il se passe, c’est qu’à chaque fois, l’homme arrive, il exploite, il fait disparaître et il finit par oublier, explique Didier Gascuel, professeur en écologie marine à l’Institut Agro Rennes-Angers, pour La Relève et La Peste. Lorsqu’on regarde l’histoire des pêches, on est frappé de voir que les pêcheurs ont progressivement été de plus en plus loin. Chaque fois qu’ils arrivaient dans de nouvelles zones, ils s’émerveillaient de voir des poissons énormes qu’ils avaient complètement oubliés et qu’ils pensaient ne pas pouvoir exister. »

Lorsque cet oubli se fait au fur et à mesure des générations, on parle d’amnésie environnementale générationnelle. Mais l’amnésie concerne aussi les individus : par exemple, lorsqu’une personne oublie que son quartier était peuplé d’hirondelles durant son enfance.

À l’échelle de l’Europe, nombreuses sont les espèces à avoir disparu de nos régions et de nos mémoires : c’est le cas pour une large part de l’ancienne mégafaune. Aujourd’hui, peu de personnes savent que des bisons d’Europe, des élans ou des aurochs – des bovins sauvages, ancêtres des vaches – vivaient en France jusqu’au milieu du Moyen Age.

À la même période, ours, loups et lynx peuplaient également toutes les forêts du pays : en montagnes comme en plaines. Quelques siècles plus tôt, des lions vivaient encore en Grèce et dans les Balkans. Ils sont cités dans divers textes et figurés sur de nombreuses œuvres de la Grèce antique.

Pour conserver notre mémoire environnementale, Laura Juillard pointe l’importance des expériences en lien direct avec la nature : « arriver à recapter notre attention pour la nature à travers l’éducation, mais aussi à travers les programmes de sciences participatives, et revaloriser, le rôle de la biodiversité dans nos imaginaires, c’est un des moyens de lutter contre l’amnésie environnementale ».

Selon cette chercheuse, cette reconnexion passe notamment par l’attention portée à la biodiversité du quotidien : « On a tendance à connaître des espèces qui sont à 1000 kilomètres, alors qu’on ne sait pas reconnaître les plantes qui sont devant chez nous » remarque-t-elle. Dans les espaces urbains où on considère qu’il n’y a pas de biodiversité, on va facilement l’oublier parce qu’on n’y a jamais fait attention ».

Les sciences participatives, comme le comptage des oiseaux des jardins ou l’identification des plantes sauvages de son quartier, sont une façon d’apprendre à regarder le Vivant autour de soi. Ne plus tondre son jardin, tailler sa haie en respectant la nidification des oiseaux, ou créer des abris pour la biodiversité en est une autre pour apprendre les rythmes biologiques du Vivant. S’immerger en nature, quand c’est possible, et apprendre à observer.

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